Le chevalier d’Argent et la balle aux pieds

illustration Fanny PREVERAUD

Enguerrand était le chevalier protecteur du village argenté. Il venait de prendre son poste suite au départ de son père au palais des fins heureuses. Justin ayant quitté son poste de capitaine de la garde, le roi avait demandé au vieil homme de venir remplacer le héros du royaume. Ce jour-là après avoir effectué sa tournée d’inspection, Enguerrand se rendit chez la fille du baron forestier, sa promise. Ils se connaissaient depuis l’âge de six ans et ils jouaient souvent ensemble. Les études de chacun les avaient un peu éloignés mais ils étaient contents de se retrouver. Enguerrand comptait demander au seigneur protecteur de la forêt sacrée la main de sa fille. Il avait économisé pendant des mois sur sa solde pour lui acheter une bague digne d’elle. Il l’avait fait forger par les nains du nord des deux comtés.

Le seigneur protecteur de la forêt ne pouvait plus lui refuser maintenant qu’il avait la charge de protecteur du village argenté. Alors qu’il arrivait au centre de la forêt, il vit une colonne de fumée inquiétante s’élever du château. Il éperonna son cheval qui partit alors au galop. Quand il arriva, c’était pour découvrir l’horreur. Plusieurs animaux blessés que les gens du château s’affairaient déjà à soigner, le château était en cendres.

Il se précipita vers les gardes, l’un lui fit le récit de l’attaque qu’ils venaient de subir. Une troupe de malandrins accompagnés d’un mystérieux chevalier noir les avait attaqués. Le Baron était parti avec les hommes valides à la poursuite de ces gredins. Le jeune chevalier demanda alors des nouvelles de la fille du protecteur. Le garde n’osant le regarder, lui apprit que sa chère Tandrenel avait été enlevée par les brigands.

Voyant que la situation au château semblait maîtrisée, Enguerrand reprit sa monture et partit lui aussi à leur poursuite. Le jeune chevalier rattrapa la troupe du baron. Ils entrèrent en arme dans le camp des brigands. Leur nombre imposant le respect, les brigands firent une haie d’honneur au baron et au chevalier d’argent jusqu’à leur maître, le chevalier noir.

Enguerrand découvrit que le vil ravisseur de sa promise était accompagné par la souveraine du comté de la nuit, la terrible fée. Il fit une révérence puis planta son épée au sol :

— Je réclame la fille du baron et au nom des lois de l’équilibre je vous lance un défi !

— Soit j’accepte le défi répondit C. soit je prends comme champion le chevalier noir Nahymar.

— Nous retirerons nos troupes. Vous vous affronterez au football dans trois jours sur le stade de monseigneur Stanislas de la lune rouge.

Sur ordre de la souveraine et après avoir pris congé du baron, Enguerrand se rendit compte qu’il lui restait trois jours pour trouver dix joueurs. Son premier arrêt fut pour une cave sombre où il était sûr d’y trouver un croque-mitaine qu’il vainquit rapidement. A part C. la terrible fée, seuls les croque-mitaines avaient le pouvoir d’aller vers le monde des créateurs.

Il voulait trouver deux frères qui avaient déjà affronté la terrible fée. Il sortit par la porte de l’armoire du salon et découvrit les deux frères jouant sur leur télé. Romuald le plus jeune avait la jambe dans le plâtre.

Ils regardèrent le chevalier mais ne furent pas plus étonnés par l’intrus. Antoine l’aîné demanda :

— Le royaume a besoin de nous ?

— Moi seulement. Ma promise a été enlevée par l’un des chevaliers noirs de la reine je dois l’affronter lors d’un match de football.

— Pour moi ce ne sera pas possible, répondit Romuald extrêmement déçu.

— Aucun souci jeune homme, dans le royaume vos ennuis de santé auront disparu.

Le sourire revient sur le visage du jeune garçon. Une fois leur mère prévenue, ils suivirent le chevalier dans l’armoire. Ils se dépêchèrent de quitter l’antre du croque-mitaine. L’étape d’après allait amener les enfants au sud du pays dans la province du sultan Aladin. La traversée de la ville ne fut qu’émerveillement tant pour les enfants que pour le jeune chevalier. Le sultan fut ravi de quitter un peu son palais lui qui avait été pauvre mais libre dans les rues de la cité qu’il dirigeait. Il reprit d’ailleurs ses habits de jeune voleur pour le voyage.

La suite du voyage les emmena vers une forêt verdoyante. Un immense château se trouvait près d’un lac au centre de la forêt. Enguerrand avisa une dame forte bien apprêtée. Il la salua et lui demanda qui était le seigneur du château.

— Je suis Dame Claudine et c’est le château de notre bon roi Arthur.

— Merci gente dame.

Enguerrand et sa troupe s’annoncèrent aux gardes, qui prirent d’abord Aladin pour l’écuyer du chevalier mais quand il leur annonça ses titres, ils s’excusèrent et le laissèrent entrer.

Romuald et Antoine étaient ébahis de voir la mythique Camelot de leurs yeux et de croiser les futurs chevaliers de la table ronde. Le roi Arthur était sur son trône dans la pièce deux chevaliers étaient en train de manger du saucisson aux noisettes. Ils jouaient à un jeu de cartes pour le moins étrange. Derrière le roi se trouvait une femme de haute stature à l’air totalement antipathique.

— Bonjour mes seigneurs, que me vaut l’honneur de votre visite ?

— Bonjour votre Altesse, je suis Enguerrand, chevalier protecteur du village argenté.

— Enchantez !

— Je viens solliciter votre aide, ma promise a été ourdie par le chevalier noir et je dois gagner un match de football pour la reprendre.

— Je ne vois pas ce qui poserait soucis. En quoi dois-je vous aider ?

— L’équipe d’en face est composée de onze chevaliers noirs.

Le roi fit signe à la femme derrière lui de se rapprocher. Elle se baissa pour être à sa hauteur sans se départir de sa mauvaise humeur.

— Mère, si je participe à ce tournoi de foot et que j’en dézingue un ou deux, cela m’évitera-t-il de replanter une nouvelle fois Excalibur ?

— De toute façon, vu la débâcle qui a suivi la dernière fois je vous le déconseille. Le mieux serait un héritier au royaume.

— Et une victoire au match de foot.

— Il nous faudra nous en contenter.

Le roi se tourna de nouveau vers Enguerrand :

— J’accepte mes amis et je vous rejoindrai sur le lieu du tournoi !

— Ce sera au château des cauchemars votre majesté.

— Bien ! Nous nous retrouverons là-bas !

Le jeune chevalier prit congé et se rendit dans une chaumière toute simple, perdue au milieu d’une forêt du royaume voisin. Il frappa à la porte.

— Entrez !

Une fois la porte franchie, ils virent une pièce avec un lit sur le côté. Une personne avec un bonnet blanc sur la tête y était allongée.

— Vous avez de grands yeux !

— C’est pour mieux te voir mon enfant !

— Je cherche des personnes de petite taille pour m’aider à gagner un match de foot contre des chevaliers noirs.

— Pourquoi ça ? Ce ne sont pas des géants ?

— Justement, ils pourront leur passer entre les jambes avec le ballon.

— Je suis paresseux et désolé mais avec le printemps mon rhume a repris et je dois garder la chambre. Vous trouverez les autres à la clairière non loin de là.

En effet, arrivés à la clairière, Aladin et les autres purent voir les nains qui se prélassaient au soleil.

Aladin leur demanda :

— Vous ne travaillez pas à la mine Messieurs ?

Celui qui venait tout juste de se réveiller répondit :

— Non messire, la princesse blanche nous a appris à nous reposer le dimanche.

Mais le jeune Sultan rétorqua aussitôt :

— Nous sommes lundi !

Le dénommé Avare intervint :

— Que peut-on faire pour vous ? Serons-nous payés ?

Enguerrand lui répondit en toute sincérité :

— Je voudrais que vous veniez jouer au football contre des chevaliers noirs pour récupérer ma promise. Il n’y a que la gloire à gagner.

— Paresseux est malade, moi je suis obligé de rester pour l’aider mais je pense que les autres vont pouvoir vous aider.

Comme à son habitude, Colère grommela :

— Pas moi !

Après avoir salué leurs deux camarades, les cinq nains partir rejoindre Arthur au château du vampire.

Il ne restait plus beaucoup de temps pour trouver le dernier joueur ou contrebalancer les nombreux nains, alors Enguerrand décida d’aller voir un ogre.

Un ogre avait épousé la princesse dans l’un des pays voisins. Ils vivaient heureux en gouvernant le royaume. Bien que l’ogre eut préféré rester dans sa hutte et dans son marais, Enguerrand n’eut pas de mal à le convaincre. Ce dernier quitta sa couronne et prit son baluchon. Il ne restait plus beaucoup de temps à Enguerrand pour se rendre au château des cauchemars, lieu des onze tours noires.

Le château était bordé d’une obscure fausse aux loups. En guise d’allée d’honneur se trouvaient deux rangées de gargouilles qui égorgent et découpent les intrus qui osent déranger leur sommeil. Ce fut le jeune sultan qui, sortant un immense tapis de son sac, donna la solution.

Etonné, l’ogre demanda :

— Tu avais ça dans ton sac ?

— Oui, répondit le Sultan, et aussi une tente avec une semaine de victuailles ainsi qu’une cave à vin. C’est beaucoup plus grand à l’intérieur. C’est le même sortilège que pour les lampes de génies.

— Pratique.

Une fois le tapis positionné au sol, tout le monde s’installa dessus.

Le jeune chevalier s’inquiéta :

— Tu vas pouvoir soulever si lourd ?

— Pas de soucis mon ami. Tu vas voir la magie de l’orient !

En effet, le tapis prit rapidement la direction du château du vampire. Le voyage fut si rapide que la quasi-totalité des aventuriers en était fort surprise. Ils arrivèrent sur le stade au dernier moment, les chevaliers noirs étaient déjà prêts. Un passage de tenue plus tard qui s’avéra aussi compliquée pour les nains que pour l’ogre, et le match put enfin commencer.

Je ne peux vous résumer le grand match que ce fut. Il n’y eut aucun mort ce qui était déjà un exploit. Le match fut gagné 56 buts à 8. Il faut dire que le goal et 9 joueurs de l’équipe démoniaque avaient été expulsés du terrain.

Enguerrand put libérer Tandrenel et ainsi faire sa demande en mariage. Le choix du voyage de noces fut difficile mais finalement ils décidèrent d’aller rendre visite à chacun des héros qui les avaient aidés. La partie la plus étrange pour eux fut leur visite du monde des créateurs quand les deux frères leur firent découvrir notre monde. Enguerrand vit un vrai match de foot à la télévision et trouva que sans épée ni armure c’était ennuyeux. Il fut par contre ébahi et conquis par la console de jeu. Après avoir dit un dernier au revoir aux deux frères, Enguerrand et sa tendre épouse retournèrent dans leur château pour protéger la forêt magique.