La sorcière contre C.

Éric était content, aujourd’hui c’était son anniversaire, il avait 7 ans. Un chiffre magique qui présageait de grandes aventures. Dans plusieurs cultures, le septième fils du septième fils obtenait plein de pouvoirs. Lui n’avait qu’un grand frère Brett. Aujourd’hui il allait au centre commercial dans une nouvelle boutique de bonbons qui venait tout juste d’ouvrir. Une boutique immense avec une centaine de grands bocaux remplis de bonbons de toutes les couleurs et de toutes les formes. Sur une affiche sur la devanture il était annoncé que les enfants fêtant leur anniversaire avaient le droit à une razzia de 5 minutes dans la boutique. En clair, armé de sacs, Éric aurait cinq minutes pour les remplir et tout serait gratuit. Accompagné de sa maman et de son grand frère, il se dirigeait vers la boutique. La veille dame à la caisse lui donna des sacs et lui rappela les règles pas le droit de manger de bonbon dans la boutique, au top départ il aurait cinq minutes pour ramener le plus de sacs pleins sans se faire aider sur la balance et la règle très importante : au gong il devrait être revenu dans le cercle de départ sinon il aurait perdu. Brett pouvait l’aider et lui crier le temps restant.
Au gong le jeune garçon se rua sur les premières colonnes de bonbons et commença à rapporter les premiers sacs sur la balance.
Plus que 4 minutes ! cria Brett.
Le jeune garçon commença à paniquer et trouva le temps finalement très court ; il s’aventura un peu plus au fond du magasin et il lui fallait plus de temps pour revenir sur la balance. Les sacs des bonbons furent plus petits car il fallait calculer le temps de retour.
Plus que 2 minutes ! prévint Brett.
Déjà !
Éric fila au fond du magasin et il vit ses bonbons favoris, ils étaient tout au fond et si il voulait revenir à temps il ne pouvait remplir que deux sacs, il fallait faire un choix. Il laissa deux sacs se remplir et pendant ce temps il examina toutes les colonnes pour savoir vers laquelle revenir s’il lui restait du temps. Il avait mal joué il aurait dû commencer par le fond du magasin et terminer par les premières colonnes. Il découvrit une colonne de friandises qu’il ne connaissait pas, il y avait des sorcières, des vampires et des pièces étranges avec la lettre C et une fée aux ailes de chauves-souris.
Plus qu’une minute, dépêche-toi ! hurla son frère.
Rapidement le jeune garçon enfourna une poignée de ses friandises dans sa poche et il récupéra ses sacs. Il courut vers les balances mais il trébucha sur ses lacets. Le gong retentit, il était trop tard.

Quand il se releva, il vit que quelque chose n’allait pas. Il n’était plus dans la boutique mais dans une grande cabane, seule la moquette rappelait la boutique, mais là elle semblait avoir vécu des années, alors qu’auparavant elle était neuve. Il se trouvait dans une cabane faites de branchages à l’odeur pestilentielle avec des chaudrons bouillants un peu partout. Au plafond, sur les murs et sur les étagères il découvrit avec horreurs des bocaux remplis d’yeux, des ailes de chauves-souris et des pattes de grenouilles.
« Je suis dans la cabane d’une sorcière, c’est pas vrai !
– Et si mon garçon déclara une voix grinçante derrière lui. Je suis la mère des sorcières. Leur reine si tu préfères et je te tiens en mon pouvoir. Une belle idée cette boutique de bonbons, avant nous employions les maisons de pains d’épices dans la forêt.
– Qu’allez-vous me faire ? demanda Éric les larmes aux yeux.
– Rien pour l’instant, malheureusement notre monde a des lois régies par le gardien des archives, nul ne peut lui désobéir de crainte de voir son histoire effacée et de disparaitre dans le Néant. Bref si je veux vous garder toi et ton frère, je dois te lancer un défi, si tu réussis vous retournerez dans la boutique au moment même où vous l’avez quittée sinon vous serez à moi.
– Vous ?
– Oui regarde qui est là »
La sorcière fit tourner la chaise devant elle et le jeune garçon vit son frère Brett, ligoté, bâillonné et complètement affolé.

« Sept de mes filles sont dispersées dans le royaume de l’ombre si tu les trouves toutes alors tu auras gagné. Chacune d’entre elles te dira dans quelle région est sa sœur. Mais attention interdiction de passer le pont du troll pour aller chercher de l’aide sinon ton frère passera à la marmite »

Éric avait peur mais il prit sur lui, il quitta la cabane et suivit les indications de la sorcière pour aller à la rencontre de la première des filles. Elle habitait dans la région du maïs où se trouvaient les épouvanteurs, ces créatures de la nuit sont comme des épouvantails mais leur cœur est contrôlé par une sorcière. Éric trouva la première des filles de la sorcière sans en croiser un, il la détacha et elle s’enfuit vers la cabane.
« Ma sœur Valda est attachée dans l’allée des gargouilles, à toi de jouer mon trésor. »

Éric se rassura, ce n’était finalement pas si difficile, il trouva ensuite la route de briques jaunes qui était plutôt terne dans le monde de l’ombre, il vit à sa gauche le fameux pont du troll et au loin un pays magnifique où le soleil brillait. À droite se trouvait un château immense et terrifiant où il n’avait pas du tout envie de mettre les pieds.
Il prit à droite et continua son chemin, il trouva un panneau indicateur avec plusieurs lieux tous plus effrayants les uns que les autres. Il y avait : Le marais des sorcières, la lande des vampires, la grotte de l’ogre, la forêt des loups sombres, le champ des épouvanteurs, le cimetière des spectres, l’allée des gargouilles, le château des cauchemars. Éric remarqua qu’en plus du marais il y avait sept lieux (et oui sept est toujours un chiffre magique) et sept filles, il allait donc devoir tous les visiter y compris l’odieux château des cauchemars. Il continua la route de briques jaunes et vit au loin l’allée des gargouilles il y avait une série de colonnes de chaque côté de la route ; sur le chemin il trouva un caillou en forme de cœur qu’il ramassa. Il fut surpris par la chaleur du caillou mais il le mit dans sa poche. Arrivé à la hauteur des colonnes il vit qu’au fond une gargouille manquait et qu’elle avait été remplacée par une sorcière.

« Je suis Valda, ne fais pas de bruit, si tu réveilles les gargouilles alors elles te dévoreront »

Éric commença à paniquer mais il ôta ses chaussures et avança prudemment en essayant de faire le moins de bruit possible. Il se retenait de pleurer, jamais même dans ses pires cauchemars il avait été entouré d’autant de monstres. Il se rassura en se disant qu’ils étaient endormis. Il réussit à se faufiler jusqu’à la sorcière et il la détacha.

« Ma sœur Grinda est attachée dans la lande des vampires, à toi de jouer mon mignon » lui murmura-t-elle dans le cou avant de partir rejoindre sa mère.

De retour au carrefour Il prit la direction de la lande des vampires. A peine Éric fut-il arrivé sur le territoire des suceurs de sang qu’il s’évanouit. Il se retrouva dans une cage avec un épouvantail … vivant.
« Je ne suis pas dangereux petit d’homme, je veux juste un cœur, je me suis enfui des champs mais le chasseur m’a rattrapé.
-le chasseur ?
– oui c’est un vampire au service des sorcières, il ne vit que pour la chasse, le reste ne l’intéresse pas. C’est lui qui t’a capturé. Je sais qu’il y aussi Grinda une sorcière dans une autre cage. Si j’avais un cœur, je pourrais nous délivrer.
– j’ai trouvé ça répondit le jeune garçon tendant le caillou qui était encore tiède.
– Tu as un cœur de gargouille l’un des cœurs les plus puissants ! S’il te plait mets le moi dans la poitrine et je t’aiderai. »
Éric n’avait pas confiance en l’épouvanteur mais il n’avait pas vraiment le choix. Le monstre ouvrit son gilet et le jeune garçon découvrit la paille qui le composait.
« Tu verras, à l’intérieur tu as un trou noir, c’est la place de notre cœur qui est retenu par les sorcières mets celui de la gargouille à la place. »
Le jeune garçon trouva le trou béant et y inséra le cœur de la créature de pierre.
Soudain l’épouvanteur se leva, il était plein d’énergie, il cassa la porte de la cage puis sortit.

« Il faut libérer Grinda.
– Pourquoi ? c’est une sorcière, ce sont les ennemies de mon peuple depuis la première guerre sombre.
– J’en ai besoin pour sauver mon frère et puis je t’ai donné un cœur.
– C’est vrai, sauvons là donc.»
L’épouvantail brisa le verrou de la cage de Grinda qui en sortant prit son balai et s’enfuit en déclarant :
« Jeune humain je t’aurais bien dévoré mais ma sœur Octra t’attend chez l’ogre Mathéo, fais attention à toi, tu pourrais te retrouver dans sa soupe. »

L’épouvanteur regarda la sorcière partir au loin avec un certain soulagement puis il déclara :
« Je sais comment faire pour aller plus vite, monte sur mon dos. Tu peux m’appeler Glour. »
Le jeune garçon, peu rassurer mais pressé d’en finir, accepta. Il avait tort, car c’est bien une des premières règles du monde de l’ombre : ne faire confiance à personne.
Au lieu de l’emmener chez l’ogre, sous le prétexte de prendre un raccourci, Glour emmena le jeune garçon au château. Quand il ouvrit la porte du souterrain qui devait le mener à l’ogre c’était en fait la salle du trône. Les gardes le firent prisonnier et il découvrit la maitresse des lieux.
Une très belle femme aux cheveux longs et noirs avec une longue robe et de puissantes ailes noires. Même si elle semblait gentille, Éric, en voyant sa couronne d’ébène garnie de pierres noires, comprit qu’il était devant la reine de ce pays de terreur.
« Tiens un mortel !
– Et un ami des sorcières, ma reine déclara Glour.
– Je vois et toi que faisais tu chez le chasseur ? tu as quitté tes champs ?
– Seulement pour vous servir ma reine.
– Et toi jeune créateur, que viens-tu faire ici ?
– La mère des sorcières, elle avait une boutique de bonbons et pour mon anniversaire avec mon frère Brett on a été capturés et pour le sauver je dois retrouver les sept filles de la sorcière déclara le jeune garçon sans reprendre le moindre souffle.
– Je vois. J’ai puni la mère des sorcières car elle essaye de prendre ma place et j’ai demandé au chasseur de lui prendre ses sept filles. Je vois qu’elle se sert d’un humain pour essayer de contourner mon interdit, et bien qu’il en soit ainsi ! Glour, je te nomme chasseur de sorcières, va chercher les sorcières manquantes, tu trouveras Putrida dans mes cachots. Libère les toutes.
– Bien ma reine.
– Et toi mon jeune ami sais-tu qui je suis ? »
Éric avait déjà vu la femme aux ailes de chauves-souris, c’était sur les bonbons noirs
« Vous êtes la reine C du monde des cauchemars.
– Je vois que tu connais tes classiques mais je suis surtout une fée, celle que tous les petits enfants détestent et redoutent. Mais tu m’amuses et tu vas pouvoir m’aider contre les sorcières alors je vais te laisser partir, va retrouver Gretel la mère des sorcières et dis-lui que tu as délivré toutes ses filles. Rappelle- toi d’une chose : si tu détruis l’image d’une sorcière alors une sorcière disparait »

Éric n’en menait pas large. Il remercia timidement la terrible fée et repartit pour la cabane de Gretel. Il se demanda d’ailleurs comment la terrible femme pouvait porter le nom de la jeune fille qui avait brûlé une sorcière pour sauver son frère Hansel.

Arrivé à la cabane, il vit Gretel et ses sept filles toutes réunies.
« Alors sale rejeton on est parti voir la fée C, on est parti demander de l’aide ?
– Je n’ai pas passé le pont se défendit en pleurant le jeune Éric.
– C’est vrai, c’est vrai mais tu as permis la création d’un chasseur de sorcières et nous ne pourrons plus sortir de ces marais sans être ennuyées. Vous allez donc nous servir de déjeuner ton frère et toi. Hansel allume le feu sous la grande marmite !
– Vous êtes bien Gretel ? Celle des contes ?
– Et oui mon petit je suis bien Gretel. J’ai tué la dernière mère des sorcières et qu’allais-je faire ? Récupérer ses pouvoirs et devenir immortelle ou alors rentrer chez mes parents qui nous avaient abandonnés moi et mon pleurnichard de frère dans la forêt,pour nettoyer tous les jours de la crotte de poules. J’ai pris ses pouvoirs et je suis le maitre incontesté des marais. Il a fallu que je convainque mon petit frère, ce fut un peu dur mais regarde-le, il se plait maintenant.»
Éric, avec effroi, vit venir devant lui un jeune garçon bossu, sale avec un œil fermé et une grosse bosse sur le front. Ce dernier commença à mettre du bois sous une immense marmite et à allumer un feu.

Éric pleurait, il ne savait plus quoi faire, il mit les mains dans ses poches cherchant en vain quelque chose qui pouvait l’aider. Il trouva les bonbons en forme de sorcières, il se dit que c’était ses derniers bonbons avant de mourir, il en manga un et soudain Varda disparut au grand étonnement de ses sœurs. Il en mangea un deuxième et Putrida disparut à son tour. C’était à présent dans le camp des sorcières que la panique s’installa. Éric comprit alors ce qu’avait dit la fée. Il compta rapidement les bonbons qu’il avait dans la poche et comprit qu’il avait gagné. Il fit signe à son frère Brett qui n’en menait pas large que tout allait bien se passer et avant que les sorcières aient compris ce qui se passait et aient le temps de réagir il enfourna les six derniers bonbons et les croqua. Ils se retrouvèrent dans la cabane vide. Brett n’avait plus ses liens et Hansel avait repris son apparence normal de petit garçon.
« Merci de m’avoir délivré, je vais vous faire un cadeau, c’est une des règles de ce monde. Si les créatures diaboliques connaissent votre nom alors elles peuvent vous faire du mal. Je vais vous donner à chacun un nom secret, c’est comme un deuxième prénom connu de vous seul mais il vous protège des êtres diaboliques.
– Toi tu n’en auras pas.
– Je vais avoir le pouvoir des sorcières, cela devrait me servir pour passer le pont et retourner chez moi sans me faire chopper par le chasseur. »
Hansel leur murmura un nom à l’oreille connu d’eux seuls et les laissa repartir en direction de la route de briques jaunes À peine avaient-ils passé le pont qu’ils rencontrèrent un vieil homme avec une grande robe bleue remplie d’étoiles. Ce dernier les renvoya chez eux.
Éric rouvrit les yeux il se trouvait à côté de son frère.
« Attention mon garçon au gong tu auras cinq minutes pour prendre un maximum de sucreries. »
Éric avait à présent compris la meilleure technique, il prit un maximum de sacs et fila au fond du magasin là où se trouvaient les plus intéressantes friandises. Il remplit trois sacs des sucreries en forme de monstre car cela pouvait encore servir et quand son frère lui donna le top il revint avec tous ses sacs en faisant attention de ne pas tomber. La vendeuse fut émerveillée, il avait à lui tout seul rempli 20 sacs de bonbons, le record de la boutique.
« Éric il me reste un dernier cadeau pour toi, cette petite carte. »
Il s’agissait d’une photo d’Hansel avec la mention « Merci je suis bien rentré chez moi. »

Merci C. déclara le jeune garçon à la vendeuse je suis sûr que vous n’avez pas envoyé le chasseur. Pour vous remercier je veux bien vous laisser me donner la fessée. Pas trop fort s’il vous plait.
– Alors prépare-toi. Ce sera une claque par année que tu as passé sur terre et une de plus pour aller à l’an prochain. Ce sera une tradition intéressante. Ce n’était pas une sorcière mais un sorcier et il a perdu ses pouvoirs en passant le pont. Bonne journée et ne mangez pas trop de bonbons car sinon je vous envoie mon croque mitaine »
Les enfants la remercièrent ainsi que Clotilde, la maman. Brett aida son frère à porter les sacs.
Le soir Éric fit un cauchemar mais alors que le monstre passait devant lui, ce dernier l’ignora. Il ne connaissait pas le nom secret du jeune garçon et ne pouvait donc ni le voir ni l’attaquer.
Le lendemain Éric voulut remercier la sinistre fée mais la boutique avait déjà disparu.

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