Le jeu du chat

 

Nous étions à Halloween. L’ambiance était pourtant au beau fixe ce soir-là. Florence préparait le repas et son fils aîné, Zino, jouait tranquillement aux jeux vidéo.

Florence passa la tête dans l’encadrement de la porte :

« Zino, j’espère que tu as rangé ta chambre, on mange dans 5 minutes !

— Je vais t’aider à mettre la table » répondit Zino.

Pendant ce temps, Félie, la plus jeune des enfants, prit la manette de la console et voulut changer de jeu. Elle tomba sur le jeu de Line la fée et trouva le chaton sympathique. Le jeu étant gratuit, elle choisit de l’essayer.

La partie commença par des épreuves où le petit chat devait attraper des objets au- dessus de lui, tout en évitant ceux qui étaient nocifs (poison, fils dénudés…).

Pendant ce temps, Florence et Zino mettaient la table.

Soudain, le courant se coupa. On entendit le bruit d’une manette tomber.

« Félie, fais attention aux manettes ! » gronda Florence.

Aucune réponse de sa cadette … et quand la lumière revint, sa fille avait disparu !

Florence se dit que sa progéniture devait s’être cachée et elle partit à sa recherche .

Mais impossible de la trouver !

Au bout d’une dizaine de minutes, toujours pas de nouvelles.

Zino s’assit sur le canapé et prit la manette, tout en vérifiant qu’elle n’avait subi aucun dommage.

« Bon, Félie, je ne sais pas à quoi tu joues mais je vais effacer ta partie si tu ne reviens pas immédiatement ici ! »

Aucune réponse…

Le frère finit donc par rallumer la console et la télé pour relancer le dernier jeu en cours.

Il trouva la partie de sa sœur et, intrigué par le jeu, le commença. Le jeu était au niveau 2, sur une dizaine. Zino regarda attentivement l’écran et l’introduction lui parut bizarre : il vit un enfant, ressemblant trait pour trait à sa sœur, se transformer en boule de poil à quatre pattes.

Zino prit un instant de réflexion.

« Ce ne peut pas être vrai ! Elle serait enfermée dans le jeu ?

— Zino, je ne l’ai pas trouvée.

— Moi si…

— Et elle est où ?

— Ici, répondit Zino, en pointant l’écran. »

Le fils demanda à refaire le niveau et montra l’introduction à sa mère incrédule.

« Incroyable ! Et on peut la libérer comment ?

— Je suppose qu’il faut finir le jeu. Enfin, j’espère ! »

Félie avait lâché la manette de frayeur, quand le courant avait sauté, et elle avait instinctivement fermé les yeux. Quand elle les rouvrit, elle se trouvait allongée dans un panier pour chat. Devant elle, se trouvait ce qui ressemblait à une fée, mais elle n’avait pas d’ailes et possédait des oreilles de chat. Ses pattes arrière étaient celles d’un félin.

« Bonjour, n’aie pas peur. Suite à un sortilège de Sombre, la reine de la nuit, tu as été enfermée dans le jeu. Je suis Line, la fée, et je vais t’aider à regagner ton monde.

— Je vais rentrer comment ?

— Il faut que ton frère termine les 9 niveaux restant du jeu.

— Mon frère est très fort aux jeux vidéo.

— Alors tu devrais bientôt rentrer chez toi. »

Le deuxième niveau était assez simple : c’était un labyrinthe fait de plateformes, le chaton arrivait sans trop de mal à sauter de plateforme en plateforme. Mais certaines s’écroulaient et il fallait recommencer de deux ou trois étages. Zino finit par prendre un feutre et une feuille de papier pour dessiner le plan du niveau, qui fut donc rapidement passé.

Pendant que son fils s’essayait à la suite, Florence partit chercher la solution du jeu sur Internet. Mais là, surprise totale ! Aucun site de jeu n’en avait entendu parler. Même le site de vente de la console ne semblait pas le connaître. Elle trouva un seul site qui parlait de La fée Line : c’était un site sur les légendes celtes. Sombre, la reine maléfique du pays des songes, fut vaincue par Roi, le plus vieux des conteurs. Sa suite se composait d’ Ouf, Line et un vieux mage dont le nom avait été oublié au fil du temps. Lors du traité de la fin de la guerre, le royaume des songes avait été divisé en deux : une partie était administrée par Sombre, et l’autre par Roi. Roi avait demandé Sombre en mariage.

L’attente durait depuis des siècles, mais Sombre avait, pendant l’histoire humaine, cherché à attirer des humains du côté de la nuit.

Florence retourna près de son fils pour lui rapporter sa découverte. Zino peinait à présent sur le quatrième niveau, similaire au premier, mais avec deux nouvelles difficultés : le niveau était chronométré et la faible luminosité laissait peu d’écart au joueur pour décider s’il prenait ou pas le prochain objet. Cela faisait déjà trois fois que le jeune garçon échouait. Zino posa la manette et profita de sa pause pour lire le texte que sa mère avait trouvé. Zino, ayant un peu plus de réflexes, réussit à passer le niveau. Mais le cinquième niveau se trouvait être ce qu’il craignait : un monde de plateformes peu éclairées.

Félie n’était pas rassurée de se trouver dans ce monde étrange, mais dans les quartiers de Line, elle ne craignait rien. Line lui avait raconté l’histoire du lieu, et elle lui rappela que la reine Sombre ne pouvait lui faire du mal que si elle se trouvait dans son royaume. La souveraine ne pouvait pas agir contre elle, tant qu’elle restait dans le château de Roi.

« Ton frère vient de passer le quatrième niveau. Mais le cinquième semble lui poser plus de problèmes. Vu que tu es là pour un moment, ne veux-tu pas en profiter pour aller visiter le château ?

— Ce n’est pas dangereux ?

— Non, absolument pas ! Tant que nous restons loin de la chambre de Sombre ! Sa porte mène directement dans son château, du côté de la nuit. Si je t’emmenais voir le chevalier Justin, cela te plairait ?

— Pourquoi pas ! Il est gentil ?

— Oui ! Et très farfelu ! »

En chemin, ils croisèrent un personnage étrangement vêtu d’un habit moulant très coloré.

« Au revoir, Line.

— Bonjour, Ouf.

— Qui est cette enfant ? Il n’y a aucune visite sur le planning.

— Je pense que c’est un coup de Sombre : la petite est enfermée dans un jeu vidéo.

— Elle doit rentrer rapidement, sinon Sombre va venir la chercher.

— Son frère va la libérer. Et Sombre ne peut pas venir la prendre au château, tu le sais bien. »

Les deux complices trouvèrent Justin dans la salle d’armes. Il s’entraînait à franchir un parcours d’obstacles, composé de bâtons en mousse qui tournaient, tantôt à la verticale, tantôt à l’horizontale.

Le chevalier devait alors sauter, se baisser, ou alors passer avec prudence entre les obstacles. Si le début lui semblait facile, vers la fin, il fallait parfois combiner deux voire trois actions en même temps. Le chevalier chutait de la passerelle à chaque fois. Félie regardait le parcours avec attention, comme si c’était un jeu vidéo, et elle le mémorisa. Justin tomba de nouveau, et Félie se mit à rire.

« Tu crois que c’est facile ? Tu penses pouvoir faire mieux ?

— Je veux bien essayer, c’est drôle. »

Félie prit position sur le parcours et le chevalier lança la machine.

La cadette, concentrée sur le mouvement des bâtons, réussit du premier coup, traversant toutes les embûches.

« C’est plus facile pour toi, tu es plus petite ! répondit le maître d’armes, vexé.

— Oui, mais je saute moins haut ! Se défendit Félie avec malice.

— Et tu ne portes pas d’armure …                                                                                                                                     

— Tu peux l’enlever !

— Un chevalier est toujours en armure. »

Line, comprenant que la situation allait dégénérer, fit sortir la jeune fille de la pièce.

« Il est drôle !

— C’est un grand chevalier, et le héros de la grande guerre.

— Lui, un héros ?

— Oui ! A la fin de la grande guerre, nous avons été fait prisonniers par Sombre. Elle exigea que Roi, le vieux mage, Justin et moi jurions allégeance à la nuit. Justin, trouillard comme il est, se précipita vers elle, mit un genou à terre et lui jura fidélité. Elle se dirigea vers lui, et se pencha pour lui redresser la tête. Surpris par les mains glacées de la reine, Justin se releva brusquement, lui donnant alors un coup de tête au menton. Sombre chuta, et son sceptre se brisa. Sans ses pouvoirs, le vieux mage put la vaincre et l’emprisonner. Le traité fut signé peu après. Allons voir le vieux mage, il t’en dira plus. Ton frère vient de passer le sixième niveau, encore quatre et tu rentres chez toi. »

Le septième niveau était assez difficile. Il fallait traverser un parcours, sans se faire trancher par les haches qui bloquaient le passage, et éviter les tirs d’arbalètes, qui apparaissaient à différents niveaux. Et ce, en trois minutes. Ces niveaux étaient l’apanage de Félie, mais la jeune fille n’était pas là pour aider son frère. Zino perdit encore une fois et faillit lancer la manette dans le téléviseur.

Florence retourna près de son ordinateur et tenta de trouver une solution sur Internet. Non pas au jeu, mais à la façon de contrer un sortilège lancé par la reine démoniaque. Sur le seul site qui informait de la légende du pays des contes, elle ne trouva rien. Seulement une référence   à un certain Jaouen qui avait rédigé une bonne partie des articles du site. Elle trouva un numéro de téléphone à l’étranger. Elle ne connaissait pas l’indicatif mais chercha un peu, puis finit par composer le numéro. Une voix de vieillard lui répondit :

« Bonjour, Bibliothèque du palais. Je vous écoute !

— Excusez-moi de vous déranger, surtout à une heure aussi tardive, mais je voudrais parler à Jaouen.

— Ici, il fait jour ! Et je suis Jaouen.

— Ma fille a été enfermée dans son jeu vidéo, et j’aimerais trouver une solution pour la délivrer.

— Je vois la nuit de l’ombre, chez vous.

— Oui, c’est Halloween.

— Je la connais sous un autre nom. Sombre n’a que cette journée pour tenter de recruter des humains. Avez-vous tenté de finir le jeu ?

— Oui, mon fils aîné est au niveau sept, mais nous n’arrivons pas à le passer…

— Personne d’autre ne peut vous aider ?

— C’est Félie qui réussissait ce type de niveau.

— Je vois ! Il existe une solution, mais l’arbitre de l’équilibre devra donner son accord.

— Je vous écoute.

— Vous pouvez venir finir le jeu ici dans le château. Félie s’y trouve, elle vient d’arriver avec Line la fée.

— Ma fille se trouve à l’étranger ? demanda Florence, en pleine panique.

— Vous appelez au pays des contes, madame.

— Vous vous payez ma tête ?

— Je ne me permettrais pas, madame ! Je vais contacter l’arbitre de l’équilibre et, en attendant, je vous passe votre cadette.

— Maman, c’est toi ?

— Oui, mon ange, tu vas bien ?

— Oui, je visite le château de Roi.

— Du roi, on dit du roi !

— Non, Roi c’est son prénom. J’ai battu un chevalier sur son parcours d’entraînement. Je me souviens de tous les pièges comme dans des jeux vidéo.

— C’est bien, mon ange.

— On a vu Ouf aussi, il ressemble à un clown, mais je crois qu’il est un peu fou. Il inverse des mots.

— Tu n’as pas trop peur ?

— Si, un peu ! mais je sais que vous allez gagner, aucun jeu ne nous résiste. Par contre, j’ai faim, je vais demander à Line si nous pouvons manger une pizza. Je peux, maman ?

— Ne mange pas trop !

— D’accord, mais j’ai super faim. Je te repasse le majordome.

— Madame, j’ai contacté l’arbitre, la partie peut se faire ici. Mais attention, elle se déroulera chez Sombre et, si vous échouez aux derniers niveaux, alors Sombre vous prendra tous les trois, et vous devrez lui porter allégeance.

— J’accepte, j’ai confiance en mes enfants. »

Florence partit chercher Zino et, en suivant les indications du bibliothécaire, ils arrivèrent au château de Roi.

Là, l’arbitre de l’équilibre, habillé d’une simple bure violette à capuche, les mena en un clin d’œil dans le château de Sombre.

Ce dernier était fait de marbre noir, des gargouilles ornaient les murs. Il y faisait très froid. Sombre les attendait.

« Bienvenue dans mon château. Je vous laisse jouer. Mais rappelez-vous ! Si vous échouez à un seul des niveaux, vous serez à moi pour toujours ! »

Les deux joueurs s’installèrent sur un canapé en velours noir et lancèrent le jeu.

Félie regarda la séquence du 7ème niveau, c’était quasiment celui de la rampe d’entraînement de Justin. Zino suivit ses indications et réussit l’épreuve. Le 8ème niveau ne posa aucun souci à Zino. Pendant que les enfants se congratulaient, Sombre, quant à elle, était furieuse. Zino expédia également le 9ème niveau, il ne restait plus que le 10ème

L’arbitre, dont on ne voyait toujours pas le visage, déclara :

« Pour le dernier niveau, je laisse une chance de réussite à chacun des participants. »

Le dernier niveau combinait plateformes, haches et faible luminosité. Heureusement, il n’y avait aucun temps obligatoire.

Florence commença. Mais, au milieu du parcours, une plateforme s’effondra et elle tomba sur une hache.

Félie avait quasiment réussi, mais, sur l’une des dernières plateformes, se trouvait une araignée. La fillette fit un bon qui s’avéra mortel.

Il ne restait plus que Zino ! L’aîné avait mémorisé le chemin par cœur, et pouvait compter sur sa sœur pour lui indiquer quand passaient les haches.

« Allez, mon grand, tu es notre dernière chance ! »

La pression sur Zino était énorme ! Et des gouttes de sueur perlaient sur son front. Félie se concentrait pour l’aider aux moments critiques.

« Attention, tu passes… maintenant ! »

De justesse, le chaton venait d’échapper à une hache !

Florence, pour se calmer, commença à écrire. Elle se concentra sur Sombre.

Florence écrivait un texte qui, au lieu de dépeindre la méchanceté de la reine, décrivait sa tristesse, sa beauté et sa mélancolie

Sombre, qui fulminait, jeta un coup d’œil au texte de Florence.

Soudain, alors que Zino était à un moment critique du niveau, la reine déclara :

« J’annule le défi de la nuit de Samain. Je libère ces mortels, contre le texte de l’artiste.

— Je veux bien, si j’ai le temps de le terminer. Zino, tu m’exploses ce niveau ! Cela fera une double victoire. »

Sombre eut son texte et les joueurs purent rentrer chez eux, où le temps n’avait que peu bougé.

L’histoire ne dit pas si Zino avait remporté la partie mais j’espère bien ! Enfin, ne le dites pas à Sombre, elle me ferait enfermer dans un cachot…

Le jeu du chat

Nous étions à Halloween. L’ambiance était pourtant au beau fixe ce soir-là. Florence préparait le repas et son fils aîné, Zino, jouait tranquillement aux jeux vidéo.

Florence passa la tête dans l’encadrement de la porte :

« Zino, j’espère que tu as rangé ta chambre, on mange dans 5 minutes !

— Je vais t’aider à mettre la table » répondit Zino.

Pendant ce temps, Félie, la plus jeune des enfants, prit la manette de la console et voulut changer de jeu. Elle tomba sur le jeu de Line la fée et trouva le chaton sympathique. Le jeu étant gratuit, elle choisit de l’essayer.

La partie commença par des épreuves où le petit chat devait attraper des objets au- dessus de lui, tout en évitant ceux qui étaient nocifs (poison, fils dénudés…).

Pendant ce temps, Florence et Zino mettaient la table.

Soudain, le courant se coupa. On entendit le bruit d’une manette tomber.

« Félie, fais attention aux manettes ! » gronda Florence.

Aucune réponse de sa cadette … et quand la lumière revint, sa fille avait disparu !

Florence se dit que sa progéniture devait s’être cachée et elle partit à sa recherche .

Mais impossible de la trouver !

Au bout d’une dizaine de minutes, toujours pas de nouvelles.

Zino s’assit sur le canapé et prit la manette, tout en vérifiant qu’elle n’avait subi aucun dommage.

« Bon, Félie, je ne sais pas à quoi tu joues mais je vais effacer ta partie si tu ne reviens pas immédiatement ici ! »

Aucune réponse…

Le frère finit donc par rallumer la console et la télé pour relancer le dernier jeu en cours.

Il trouva la partie de sa sœur et, intrigué par le jeu, le commença. Le jeu était au niveau 2, sur une dizaine. Zino regarda attentivement l’écran et l’introduction lui parut bizarre : il vit un enfant, ressemblant trait pour trait à sa sœur, se transformer en boule de poil à quatre pattes.

Zino prit un instant de réflexion.

« Ce ne peut pas être vrai ! Elle serait enfermée dans le jeu ?

— Zino, je ne l’ai pas trouvée.

— Moi si…

— Et elle est où ?

— Ici, répondit Zino, en pointant l’écran. »

Le fils demanda à refaire le niveau et montra l’introduction à sa mère incrédule.

« Incroyable ! Et on peut la libérer comment ?

— Je suppose qu’il faut finir le jeu. Enfin, j’espère ! »

Félie avait lâché la manette de frayeur, quand le courant avait sauté, et elle avait instinctivement fermé les yeux. Quand elle les rouvrit, elle se trouvait allongée dans un panier pour chat. Devant elle, se trouvait ce qui ressemblait à une fée, mais elle n’avait pas d’ailes et possédait des oreilles de chat. Ses pattes arrière étaient celles d’un félin.

« Bonjour, n’aie pas peur. Suite à un sortilège de Sombre, la reine de la nuit, tu as été enfermée dans le jeu. Je suis Line, la fée, et je vais t’aider à regagner ton monde.

— Je vais rentrer comment ?

— Il faut que ton frère termine les 9 niveaux restant du jeu.

— Mon frère est très fort aux jeux vidéo.

— Alors tu devrais bientôt rentrer chez toi. »

Le deuxième niveau était assez simple : c’était un labyrinthe fait de plateformes, le chaton arrivait sans trop de mal à sauter de plateforme en plateforme. Mais certaines s’écroulaient et il fallait recommencer de deux ou trois étages. Zino finit par prendre un feutre et une feuille de papier pour dessiner le plan du niveau, qui fut donc rapidement passé.

Pendant que son fils s’essayait à la suite, Florence partit chercher la solution du jeu sur Internet. Mais là, surprise totale ! Aucun site de jeu n’en avait entendu parler. Même le site de vente de la console ne semblait pas le connaître. Elle trouva un seul site qui parlait de La fée Line : c’était un site sur les légendes celtes. Sombre, la reine maléfique du pays des songes, fut vaincue par Roi, le plus vieux des conteurs. Sa suite se composait d’ Ouf, Line et un vieux mage dont le nom avait été oublié au fil du temps. Lors du traité de la fin de la guerre, le royaume des songes avait été divisé en deux : une partie était administrée par Sombre, et l’autre par Roi. Roi avait demandé Sombre en mariage.

L’attente durait depuis des siècles, mais Sombre avait, pendant l’histoire humaine, cherché à attirer des humains du côté de la nuit.

Florence retourna près de son fils pour lui rapporter sa découverte. Zino peinait à présent sur le quatrième niveau, similaire au premier, mais avec deux nouvelles difficultés : le niveau était chronométré et la faible luminosité laissait peu d’écart au joueur pour décider s’il prenait ou pas le prochain objet. Cela faisait déjà trois fois que le jeune garçon échouait. Zino posa la manette et profita de sa pause pour lire le texte que sa mère avait trouvé. Zino, ayant un peu plus de réflexes, réussit à passer le niveau. Mais le cinquième niveau se trouvait être ce qu’il craignait : un monde de plateformes peu éclairées.

Félie n’était pas rassurée de se trouver dans ce monde étrange, mais dans les quartiers de Line, elle ne craignait rien. Line lui avait raconté l’histoire du lieu, et elle lui rappela que la reine Sombre ne pouvait lui faire du mal que si elle se trouvait dans son royaume. La souveraine ne pouvait pas agir contre elle, tant qu’elle restait dans le château de Roi.

« Ton frère vient de passer le quatrième niveau. Mais le cinquième semble lui poser plus de problèmes. Vu que tu es là pour un moment, ne veux-tu pas en profiter pour aller visiter le château ?

— Ce n’est pas dangereux ?

— Non, absolument pas ! Tant que nous restons loin de la chambre de Sombre ! Sa porte mène directement dans son château, du côté de la nuit. Si je t’emmenais voir le chevalier Justin, cela te plairait ?

— Pourquoi pas ! Il est gentil ?

— Oui ! Et très farfelu ! »

En chemin, ils croisèrent un personnage étrangement vêtu d’un habit moulant très coloré.

« Au revoir, Line.

— Bonjour, Ouf.

— Qui est cette enfant ? Il n’y a aucune visite sur le planning.

— Je pense que c’est un coup de Sombre : la petite est enfermée dans un jeu vidéo.

— Elle doit rentrer rapidement, sinon Sombre va venir la chercher.

— Son frère va la libérer. Et Sombre ne peut pas venir la prendre au château, tu le sais bien. »

Les deux complices trouvèrent Justin dans la salle d’armes. Il s’entraînait à franchir un parcours d’obstacles, composé de bâtons en mousse qui tournaient, tantôt à la verticale, tantôt à l’horizontale.

Le chevalier devait alors sauter, se baisser, ou alors passer avec prudence entre les obstacles. Si le début lui semblait facile, vers la fin, il fallait parfois combiner deux voire trois actions en même temps. Le chevalier chutait de la passerelle à chaque fois. Félie regardait le parcours avec attention, comme si c’était un jeu vidéo, et elle le mémorisa. Justin tomba de nouveau, et Félie se mit à rire.

« Tu crois que c’est facile ? Tu penses pouvoir faire mieux ?

— Je veux bien essayer, c’est drôle. »

Félie prit position sur le parcours et le chevalier lança la machine.

La cadette, concentrée sur le mouvement des bâtons, réussit du premier coup, traversant toutes les embûches.

« C’est plus facile pour toi, tu es plus petite ! répondit le maître d’armes, vexé.

— Oui, mais je saute moins haut ! Se défendit Félie avec malice.

— Et tu ne portes pas d’armure …                                                                                                                                     

— Tu peux l’enlever !

— Un chevalier est toujours en armure. »

Line, comprenant que la situation allait dégénérer, fit sortir la jeune fille de la pièce.

« Il est drôle !

— C’est un grand chevalier, et le héros de la grande guerre.

— Lui, un héros ?

— Oui ! A la fin de la grande guerre, nous avons été fait prisonniers par Sombre. Elle exigea que Roi, le vieux mage, Justin et moi jurions allégeance à la nuit. Justin, trouillard comme il est, se précipita vers elle, mit un genou à terre et lui jura fidélité. Elle se dirigea vers lui, et se pencha pour lui redresser la tête. Surpris par les mains glacées de la reine, Justin se releva brusquement, lui donnant alors un coup de tête au menton. Sombre chuta, et son sceptre se brisa. Sans ses pouvoirs, le vieux mage put la vaincre et l’emprisonner. Le traité fut signé peu après. Allons voir le vieux mage, il t’en dira plus. Ton frère vient de passer le sixième niveau, encore quatre et tu rentres chez toi. »

Le septième niveau était assez difficile. Il fallait traverser un parcours, sans se faire trancher par les haches qui bloquaient le passage, et éviter les tirs d’arbalètes, qui apparaissaient à différents niveaux. Et ce, en trois minutes. Ces niveaux étaient l’apanage de Félie, mais la jeune fille n’était pas là pour aider son frère. Zino perdit encore une fois et faillit lancer la manette dans le téléviseur.

Florence retourna près de son ordinateur et tenta de trouver une solution sur Internet. Non pas au jeu, mais à la façon de contrer un sortilège lancé par la reine démoniaque. Sur le seul site qui informait de la légende du pays des contes, elle ne trouva rien. Seulement une référence   à un certain Jaouen qui avait rédigé une bonne partie des articles du site. Elle trouva un numéro de téléphone à l’étranger. Elle ne connaissait pas l’indicatif mais chercha un peu, puis finit par composer le numéro. Une voix de vieillard lui répondit :

« Bonjour, Bibliothèque du palais. Je vous écoute !

— Excusez-moi de vous déranger, surtout à une heure aussi tardive, mais je voudrais parler à Jaouen.

— Ici, il fait jour ! Et je suis Jaouen.

— Ma fille a été enfermée dans son jeu vidéo, et j’aimerais trouver une solution pour la délivrer.

— Je vois la nuit de l’ombre, chez vous.

— Oui, c’est Halloween.

— Je la connais sous un autre nom. Sombre n’a que cette journée pour tenter de recruter des humains. Avez-vous tenté de finir le jeu ?

— Oui, mon fils aîné est au niveau sept, mais nous n’arrivons pas à le passer…

— Personne d’autre ne peut vous aider ?

— C’est Félie qui réussissait ce type de niveau.

— Je vois ! Il existe une solution, mais l’arbitre de l’équilibre devra donner son accord.

— Je vous écoute.

— Vous pouvez venir finir le jeu ici dans le château. Félie s’y trouve, elle vient d’arriver avec Line la fée.

— Ma fille se trouve à l’étranger ? demanda Florence, en pleine panique.

— Vous appelez au pays des contes, madame.

— Vous vous payez ma tête ?

— Je ne me permettrais pas, madame ! Je vais contacter l’arbitre de l’équilibre et, en attendant, je vous passe votre cadette.

— Maman, c’est toi ?

— Oui, mon ange, tu vas bien ?

— Oui, je visite le château de Roi.

— Du roi, on dit du roi !

— Non, Roi c’est son prénom. J’ai battu un chevalier sur son parcours d’entraînement. Je me souviens de tous les pièges comme dans des jeux vidéo.

— C’est bien, mon ange.

— On a vu Ouf aussi, il ressemble à un clown, mais je crois qu’il est un peu fou. Il inverse des mots.

— Tu n’as pas trop peur ?

— Si, un peu ! mais je sais que vous allez gagner, aucun jeu ne nous résiste. Par contre, j’ai faim, je vais demander à Line si nous pouvons manger une pizza. Je peux, maman ?

— Ne mange pas trop !

— D’accord, mais j’ai super faim. Je te repasse le majordome.

— Madame, j’ai contacté l’arbitre, la partie peut se faire ici. Mais attention, elle se déroulera chez Sombre et, si vous échouez aux derniers niveaux, alors Sombre vous prendra tous les trois, et vous devrez lui porter allégeance.

— J’accepte, j’ai confiance en mes enfants. »

Florence partit chercher Zino et, en suivant les indications du bibliothécaire, ils arrivèrent au château de Roi.

Là, l’arbitre de l’équilibre, habillé d’une simple bure violette à capuche, les mena en un clin d’œil dans le château de Sombre.

Ce dernier était fait de marbre noir, des gargouilles ornaient les murs. Il y faisait très froid. Sombre les attendait.

« Bienvenue dans mon château. Je vous laisse jouer. Mais rappelez-vous ! Si vous échouez à un seul des niveaux, vous serez à moi pour toujours ! »

Les deux joueurs s’installèrent sur un canapé en velours noir et lancèrent le jeu.

Félie regarda la séquence du 7ème niveau, c’était quasiment celui de la rampe d’entraînement de Justin. Zino suivit ses indications et réussit l’épreuve. Le 8ème niveau ne posa aucun souci à Zino. Pendant que les enfants se congratulaient, Sombre, quant à elle, était furieuse. Zino expédia également le 9ème niveau, il ne restait plus que le 10ème

L’arbitre, dont on ne voyait toujours pas le visage, déclara :

« Pour le dernier niveau, je laisse une chance de réussite à chacun des participants. »

Le dernier niveau combinait plateformes, haches et faible luminosité. Heureusement, il n’y avait aucun temps obligatoire.

Florence commença. Mais, au milieu du parcours, une plateforme s’effondra et elle tomba sur une hache.

Félie avait quasiment réussi, mais, sur l’une des dernières plateformes, se trouvait une araignée. La fillette fit un bon qui s’avéra mortel.

Il ne restait plus que Zino ! L’aîné avait mémorisé le chemin par cœur, et pouvait compter sur sa sœur pour lui indiquer quand passaient les haches.

« Allez, mon grand, tu es notre dernière chance ! »

La pression sur Zino était énorme ! Et des gouttes de sueur perlaient sur son front. Félie se concentrait pour l’aider aux moments critiques.

« Attention, tu passes… maintenant ! »

De justesse, le chaton venait d’échapper à une hache !

Florence, pour se calmer, commença à écrire. Elle se concentra sur Sombre.

Florence écrivait un texte qui, au lieu de dépeindre la méchanceté de la reine, décrivait sa tristesse, sa beauté et sa mélancolie

Sombre, qui fulminait, jeta un coup d’œil au texte de Florence.

Soudain, alors que Zino était à un moment critique du niveau, la reine déclara :

« J’annule le défi de la nuit de Samain. Je libère ces mortels, contre le texte de l’artiste.

— Je veux bien, si j’ai le temps de le terminer. Zino, tu m’exploses ce niveau ! Cela fera une double victoire. »

Sombre eut son texte et les joueurs purent rentrer chez eux, où le temps n’avait que peu bougé.

L’histoire ne dit pas si Zino avait remporté la partie mais j’espère bien ! Enfin, ne le dites pas à Sombre, elle me ferait enfermer dans un cachot…

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