Le malade et l’oiseau

Gaëtan était malade. Depuis trois jours il n’avait pas quitté le lit. Le sirop n’avait eu aucun effet et le médecin avait prescrit des suppositoires, choses que le jeune garçon détestait. Il s’endormit.
Il se retrouva allongé dans un pré, et en pyjama. Une jeune demoiselle vêtue d’une robe noire d’où pendaient des bandes colorées.
« Bonjour, je suis dame Elemiah et toi ?
– Je suis Gaëtan
– tu n’as pas l’air d’aller bien ?
– Non je suis malade. Où je suis ?
– Au pays des fées, dans le comté des fins heureuses. Il te faudrait trouver l’oiseau bleu. C’est un oiseau magique : il peut guérir toutes les maladies. Le seul souci c’est que personne ne l’a vu depuis longtemps par ici. Il doit se trouver dans le comté de la nuit. Je vais appeler l’un des meilleurs aventuriers que je connaisse. L’un des meilleurs pirates du royaume, il va t’aider.
– Merci
– De rien.
– tu es une fée ?
– Non, une sorcière blanche
– C’est quoi ?
– une sorcière qui a décidé de faire le bien. Je vais te donner une potion pour que tu puisses te lever et aller à la recherche de l’oiseau.
Elemiah lui fit boire un remède au gout âpre.
« C’est pas bon ce truc !! dit-il, bondissant sur ses pieds et s’essuyant la bouche.
– Oui, mais ça soigne ! La preuve, tu es debout. Il te reste à te rendre dans le comté de la nuit. Voici le capitaine Laurina pour t’aider.
– Mais c’est une fille !!
– Oui, je sais, et je pense qu’elle aussi. Mais si tu préfères, je peux appeler mon petit frère Calem. »
Gaëtan, dépité, suivit la jeune Laurina.
Ils prirent la route de briques jaunes et arrivèrent au château des cauchemars. Pendant le chemin, aucun ne dit un mot. Laurina gardait sa main posée sur le pommeau de son épée, et Gaëtan se demandait pourquoi la sorcière ne lui avait pas donner des vêtements plus spacieux, et qu’il se trouvait encore en pyjama.
Ils demandèrent une audience au vampire de faction à la porte. A la grande surprise d’Gaëtan, elle leur fut accordée immédiatement.
Gaëtan fut heureux de découvrir que c’était C. qui dirigeait le château. La sinistre fée faisait peur à tous les enfants, mais lui l’aimait comme une amie, depuis qu’ils avaient vaincu le néant ensemble.
« Majesté. L’oiseau bleu a disparu, et Elemiah en a besoin pour sauver le garçon.
– Et tu penses que j’aurais pu voler cet oiseau ?
– Non, votre majesté, loin de moi cette idée. Mais vous avez peut-être une idée d’où chercher l’oiseau ?
– J’ai une liste de suspects, en effet, et vous allez leur demander à chacun un produit de leur ferme. Cela permettra de retrouver l’oiseau.

« De la farine des comtes vampires
Un œuf de dragon
Du miel de Troll
Du lait de louve
6 yaourts de Mama Yaga
Et pour la divination, il me faudrait 17 bougies, réalisées par les gargouilles «
Et, Laurina, tu iras chercher Elemiah. Je veux que ce soit elle qui aille rendre l’oiseau bleu à Anaé, la fée des oiseaux. »
Laurina et Gaëtan sortirent du château.
« Nous allons commencer par les gargouilles. Ce ne sont pas les plus aimables, mais les plus faciles à trouver. Pendant que j’irai voir le vieux gardien pour lui demander un œuf, tu iras tout seul demander de la farine aux comtes vampires.
– Pourquoi ? demanda le jeune garçon, inquiet.
– Disons que j’ai accidentellement coulé une dizaine de ses navires. Et que j’en ai pris le butin.
– Je vois, tu es un pirate !
– Une pirate et je suis capitaine !
– Oui, mon capitaine. »
Laurina haussa les épaules.
L’allée des gargouilles était sinistre, et les douze créatures très antipathiques. Laurina s’adressa à la seule créature dont la pierre au front était un diamant.
« Votre éminence, la dame des cauchemars sollicite votre aide.
– Que nous veut la dame ? Et pourquoi nous envoie-t-elle de la viande fraiche et charnue et un maudit pirate ?
– Elle aurait voulu se déplacer, mais ses prisons sont pleines et trop de postérieurs attendent la lanière de son fouet. Elle vous prie de l’excuser, mais aimerait quelques bougies de votre fabrication.
– Combien lui en faut-il ?
– 17, s’il vous plait.
– Bien ! Nous sommes toujours ravis d’aider la fée sombre ! Dommage que nous ne puissions pas goûter le jeune monsieur …
– Je ne suis pas sûr que sa chair soit encore si tendre, il est trop vieux pour vous !
– Bien dommage, bien dommage. »
Une gargouille, dont le front était garni d’une émeraude, donna le sac à Gaëtan.
Les gargouilles se remirent en position sur leurs piliers et fermèrent les yeux.
Le jeune capitaine fit signe à Gaëtan de se taire, et que l’entretien était terminé.
Ils continuèrent vers la forêt sombre. Le jeune garçon n’était pas très rassuré, et son pyjama n’était pas si chaud pour une météo sujette à l’humidité.
Le personnage suivant était un troll qui vivait dans une cabane, à la lisière des champs de maïs. Gaëtan n’imaginait pas un Troll vivre là ! Dans une petite cabane en bois, avec une fourche et un râteau, posés à côté de la porte, ainsi qu’un immense potager, où poussait une tonne de légumes.
Laurina frappa à la porte du Troll qui vint leur ouvrir.
Gaëtan n’aurait jamais cru voir un troll de pierre avec une tenue de jardinier. Une chemise verte, une salopette bleue et des bottes de caoutchouc. Son chapeau de paille pendait à un crochet derrière la porte.
« Que puis-je pour vous ? Puis je vous proposer un peu de soupe ?
– Y a quoi dedans ? demanda Gaëtan.
– que des légumes, je suis végétarien !
– Mais ! Vous êtes un troll !
– Oui, et un troll ne peut pas être végétarien, mon petit ?
– C’est pour ça qu’il vit sur le domaine des sorcières, et pas dans les montagnes ! expliqua la jeune pirate. Sa majesté C. veut un pot de votre délicieux miel.
– Je vais vous chercher ça ! Mais vous êtes sûrs, pour la soupe ?
– C’est vrai que j’ai un peu faim, déclara Gaëtan.
– à la bonne heure ! »
La créature leur servit une pleine assiettée de soupe aux légumes et aux fruits. Ils mangèrent pendant que le troll leur préparait un pot de miel, qu’il mit dans un sac en toile de jute.
« Ce sera plus simple pour transporter vos courses.
– merci, monsieur, déclara Gaëtan. Vous êtes très aimable pour …
– Même si je suis un troll ? Compléta le jardinier.
– Je … Bonne journée ! se hâta de répondre le jeune garçon.
Il prit le sac et suivit Laurina.
« Tu vas aller chez la sorcière. Moi, je vais voir le seigneur des loups.
Pour Mama Yaga, si jamais tu ne vois pas la porte de la route, n’en fait pas le tour. Nous y retournerons à un meilleur moment. »
Arrivés à un croisement, la jeune fille prit à droite, en direction des terriers, tandis que le jeune garçon se dirigea à gauche, vers une petite maison en bois. Il vit le dos de la maison et se dit que c’était étrange que le chemin de terre s’arrête un peu avant. Il décida d’en faire le tour. Il vit la porte ronde et le devant de la maison richement décorée. La barrière semblait faite d’os, mais le jeune garçon ne remarqua que la sonnette. Il s’approcha de l’anneau et tira la chaine, ce qui actionna une cloche à l’intérieur de la maison. Il entendit un grattement, comme celui que peuvent faire les poules. Une vieille dame ouvrit :
« Que veux-tu, mon mignon ? demanda t’elle d’une voix chevrotante.
– Je voudrais des yaourts, pour la fée C., s’il vous plait, madame.
– Bien sûr ! Entre, mon mignon. Ils sont dans la réserve, va en chercher. »
Le jeune garçon entra dans la réserve. Il commençait à mettre les pots dans son sac, quand la sorcière referma la porte.
« Tu as à manger mon mignon, les fesses biens charnues. Mais va falloir grossir un peu, avant que je te passe à la casserole ! »
Gaëtan était pris au piège ! Il s’assit et se mit à pleurer. Au bout d’un moment, il entendit une voix.
« Passe-moi le sac ! »
Il leva la tête et vit Laurina à travers la haute fenêtre de la pièce.
« Pourquoi, tu vas partir avec ?
– Mais non !  Mais si je te fais sortir, qui jettera le sac ensuite ?
– Tu pourras pas me tirer, c’est trop haut ! Et tu es une fille !!
– Je suis capitaine de navire ! Et ça muscle pas mal, de tenir la barre et de hisser les voiles. Allez ! De toute façon, si tu tentes, tu as une chance sur deux de sortir. Mais si tu ne tentes pas, tu as toutes les chances de rester ici !»
Vaincu par les arguments de la jeune fille, Gaëtan lui jeta le sac. Elle s’éclipsa un instant, à la stupeur du garçon, mais revint lui tendre une corde.
« Monte, ne fait pas de bruit !»
Gaëtan grimpa à la corde. Il passa à travers la fenêtre et arriva sur un tas de bois.
« Fait attention en descendant ! Si tu fais du bruit, tu vas réveiller Mama Yaga ! Et elle n’est pas dans un bon jour ! Je t’avais dit de regarder si sa maison était du côté de la route.»
Gaëtan haussa les épaules, penaud.
« Il nous reste plus que deux ingrédients, je vais voir le vieux dragon.
– Il va bien vouloir te donner un de ses œufs !
– Oui, tous les œufs ne sont pas des œufs de pierre ! Et seuls ces derniers vont donner un dragon. Toi, tu vas chez Stanislas le vampire, cela ne devrait pas poser de soucis. »
Une nouvelle fois, les deux enfants se séparèrent.
Gaëtan arriva au château du jeune comte vampire, et demanda audience. Il apprit, par le chambellan, que les vampires du château ne brillaient pas au soleil, et ne consommaient pas de sang humain. Cela le rassura un peu. Le chambellan le fit attendre dans une petite pièce richement décorée, avec, sur le mur, le portrait de famille du jeune Stanislas. Un serviteur lui proposa du thé et des gâteaux. Au bout d’un moment, qu’il trouva fort long, le chambellan le mena à la grande salle. Il fut terrifié de ce qu’il y trouva. Laurina était attachée ! Et un vampire, encagoulé, préparait un tison brulant à côté d’elle. Le jeune comte prit la parole :
« Que viens-tu chercher, jeune créateur ?
– De la farine, pour la fée sombre.
– tu aurais pu la demander à un serviteur !
– J’aurais aussi besoin de la fille et de son sac.
– Le sac ne posera pas de problème ! Par contre, cette dangereuse criminelle a coulé plusieurs de mes navires. Que peux-tu me proposer d’extrêmement rare, en échange de sa vie ?»
Gaëtan réfléchit quelques secondes.
« Mon pyjama ! Il vient de mon monde, et vous n’en avez pas deux pareils. En plus, un ami conteur me l’a dédicacé. »
Ce fut autour du jeune comte de réfléchir. Laurina regardait Gaëtan avec gratitude.
« C’est d’accord ! Nous allons te prêter des hardes pour te couvrir. «
Gaëtan partit se changer. Il offrit son pyjama, bien plié, au comte qui libéra la jeune Laurina.
Gaëtan trouvait ses nouveaux habits très moches ! Et en plus, ils grattaient !
Il ne restait plus qu’à aller chercher Elemiah, et à se rendre chez C. . En chemin, Laurina voulut passer par la plage, et se dirigea vers un mur de pierre. Gaëtan fut surpris de voir la jeune pirate passer au travers de la roche. Il se décida à la suivre. Il arriva dans une pièce immense, remplie de pièces d’or et de pierres précieuses, d’armes et de costumes. Laurina lui en tendit un.
« Essaye celui-là, il devrait aller. Je vais contacter Elemiah via mon miroir, elle nous rejoindra chez C. »
Gaëtan resta un moment interdit !
« Le mot que tu cherches, c’est ‘merci’ !  Et il y a un paravent, au fond de la pièce »
Une fois changé, Gaëtan revint. Il avait l’air d’un vrai frère de la côte. Il ne lui manquait que la jambe de bois et le bandeau sur l’œil.
« Merci ! Là, j’ai vraiment l’air d’un aventurier !
– Allez, dépêchons-nous. Il ne faut jamais faire attendre la fée C. !»
Gaëtan était crevé. La potion de la sorcière ne faisait plus beaucoup d’effet. Il avait retrouvé tous les ingrédients, mais n’avait trouvé aucune trace de l’oiseau.
« Votre majesté, voici ce que vous m’avez demandé. Mais je n’ai trouvé aucune trace de l’oiseau !
– Il est là, il vient d’arriver lui aussi.
– Comment ? Il était où ?
– L’oiseau bleu vient du cœur, mon cher Gaëtan. Tu as accepté l’aide de Laurina, bien que ce soit une fille. Et le moment venu, tu l’as aidé à ton tour. C’est votre amitié et votre respect mutuel qui a accompagné l’oiseau jusqu’ici.
– Mais ! Et les ingrédients ?
– Ah ça ! C’est pour les cuisines ! Aujourd’hui, nous allons fêter les 10 ans de Laurina et les 7 ans d’Elemiah !»

Soudain, tous les monstres, qu’ils avaient croisés pendant leur aventure, apparurent avec les deux gâteaux et chantèrent un « joyeux anniversaire «  aux deux jeunes filles.
L’oiseau se posa sur l’épaule du jeune garçon et Gaëtan sentit son mal partir. Il retrouva sa pleine forme. Il put participer à la fête et danser avec le terrible pirate Laurina. Puis, le temps de se réveiller arriva. Gaëtan remarqua que sa fièvre avait disparue et qu’il se sentait mieux.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*