Le chevalier Ulf

Juliette était contente : aujourd’hui, elle allait avoir dix ans.
Elle regarda sa bibliothèque et vit qu’elle avait lu tous les tomes de Roi, le conteur. Elle se rendit à la cuisine et vit une enveloppe. Une réception de livre, mais sa maman n’était pas là. En même temps, l’enveloppe semblait lui être adressée. Elle ouvrit l’enveloppe et découvrit un vieux livre, relié en cuir, aux armoiries de C, la terrible fée.
A peine avait-elle touché le livre qu’elle se retrouva dans le royaume des deux comtés. Ce n’était pas son premier voyage dans ce royaume où la magie faisait loi : elle avait assisté au départ à la retraite de la grande fée. Comme elle se trouvait non loin du palais, elle décida de rendre visite au dernier Roi du pays. La Reine des cauchemars avait pris sa retraite à la fin de la guerre du néant et, désormais, c’était C. la fée qui dirigeait le comté de la nuit. Juliette arriva au château et Ouf, le chambellan, la conduisit à la salle du trône. Seul le roi se trouvait là, et il discutait avec Justin, héros du royaume et chef de la garde du palais.
« Comment ça, prendre votre retraite ? Mais vous n’y pensez pas ! » Déclara le roi.
– Si, justement, car voyez-vous, je suis un héros bien maladroit, et ma coupe de champion ultime de la fuite, gagnée lors de la dernière grande guerre, le prouve.
– Mais vous avez sauvé maintes fois le royaume !
– Autant de fois que la Princesse, ou un créateur, est venu me sauver.
– Votre gestion de la garde est plus que rigoureuse !
– Elle me permet surtout de rester loin des portes et des combats.
– Je ne vous ferai pas changer d’avis ?
– Non !
– Mais le royaume a besoin d’un héros. Restez le temps que nous en trouvions un.
– J’ai fini de retaper ma cabane, je veux y aller rapidement, pour bêcher des navets.
– Et un mi-temps ?
– Je suis à trois jours de voyage.
– donc, vous nous quittez ?
– Oui !
– Mais ! Même pas un petit discours aux gardes, avant de partir ?
– Non, ils voudront que je reste.
– Bon ! Bah, au revoir Justin.
– Je vais faire mon paquetage et prévenir les habitants du château. »
Justin sortit, laissant Juliette entrer.
« Juliette, comment allez-vous ? demanda le roi. Joyeux anniversaire !
– Merci, votre majesté.
– Vu la distorsion entre nos deux mondes, profitons de votre venue et célébrons vos dix ans par un banquet. »

Juliette passa la soirée en compagnie de la famille royale et du vieux mage. Soudain, un des gardes entra dans la pièce.
« Majesté, le chevalier Justin, il a été enlevé. Son corps est enfermé dans un cercueil de Crystal sombre !
– Mais dans quel pétrin ce pauvre Justin est-il encore allé se mettre ? demanda Roi.
– Surtout que, votre majesté, le seul moyen de rompre la malédiction que s’est attiré Justin, c’est de prendre les quatre trésors, et deux d’entre eux ont disparu !
– Juliette, malheureusement, depuis le départ de Justin et le bannissement de l’archange, vous êtes le seul héros qu’il nous reste. Si vous pouvez aller sauver Justin ?
– Je serais ravi de participer à une nouvelle aventure ! Mais pouvez-vous faire venir Neal -Thomas ?
– Oui. Line va aller le chercher dans votre monde, ils vous rejoindront. Je vais demander à Ulf, le chevalier au furet, de vous accompagner. Votre première mission sera d’aller trouver C. et de lui demander son sceptre, puis, il vous faudra retrouver la conque des fées et la pierre qui parle. Line vous rapportera l’épée des rois. Je ne sais pas pourquoi les fées ont eu l’idée saugrenue de créer une épée qui brille quand les ennemis approchent. Ton ami ira la chercher et vous vous retrouverez. »

Juliette découvrit Ulf, un chevalier de la garde qui n’en portait pas l’uniforme, et dont l’allure faisait plus penser au viking. Il était accompagné de Flaks, son autre furet : Aenor était tombé au champ d’honneur en protégeant des villageois contre les sbires du néant. Le jeune garçon appris qu’il était le chef des rangers et des éclaireurs.
Le voyage vers le château des cauchemars fut beaucoup plus rapide que le laissant présager la jeune aventurière. Le portail, qui permettait à la Reine des cauchemars et à sa fille de se voir et qui reliait la porte noire à la chambre de la reine dans son château, était resté actif depuis la fin de la guerre et l’installation de la reine au Palais dans une autre chambre. Les deux aventuriers franchirent le portail et se retrouvèrent dans les anciens appartements de la Reine. Ils se firent annoncer et prirent audience auprès de la fée.
« Bonjour, Juliette, joyeux anniversaire !
– Merci, votre majesté.
– Je suis ravie de ta visite, je m’ennuie un peu en ce moment. Depuis mon retour, tout le comté se tient tranquille. Seul l’archange à osé transgresser deux des impardonnables, mais le vieux mage a voulu s’en occuper lui-même. »
Elle se rappelait les impardonnables du vieux mage : le mensonge, la déloyauté entre frères et le manque de respect à ses parents. Elle ne répondit rien, elle concentra ses pensées sur le sceptre.
« Je vois ! Tu veux mon sceptre pour libérer ce benêt de Justin.
– Oui majesté, s’il vous plait.
– Soit ! J’accepte de vous le confier ! Et je peux aussi vous dire où se trouve la conque des fées.
– Vous savez où est l’un des trésors perdus ?
– J’ai aidé à le cacher. Je vous rappelle que je suis la deuxième des fées. Je suis l’égale de la grande fée, j’ai reçu une tache plus sombre qu’elle.
– Que vous avez longtemps refusée ! Et maintenant, vous voulez des jeunes enfants à punir.
– Oui, on ne punit plus assez de nos jours. Je vais vous révéler où se trouve la conque. Mais, en échange, le premier garnement que tu croiseras sera à moi. Son postérieur va chauffer, vous pouvez me croire. »
Juliette accepta, tout en espérant ne jamais rencontrer de garnement sur sa route.
« Bien ! Notre trésor est sous le trône de la grande fée, dans les restes du grand chêne.
– Merci votre majesté. Bonne journée à vous.
– Ma journée sera bonne si tu respectes notre pacte. »
Le comté de la nuit était toujours aussi terrifiant, mais il était assez calme ce soir-là. Trop calme au gout de C. Ainsi personne n’osa attaquer les deux aventuriers, et ils se retrouvèrent sur le pont du troll.
Juliette fut heureuse de voir Neal-Thomas arriver. Son ami portait l’épée de légende. Le jeune garçon la brandit pendant que les aventuriers saluaient Line.
« Cette épée ne devrait pas briller, nous sommes sur le pont du troll et, à cause du sortilège, nulle personne avec de mauvaises intentions ne peux le traverser.
– La lame ressent un danger, déclara Line.
– Le sceptre aussi ! Je sens son pouvoir immense prendre ma main et mon bras ! déclara Juliette peu rassurée.
– Il nous reste encore à trouver les deux trésors perdus, en plus, rappela Line.
– C. nous a donné l’emplacement de la conque. Il reste donc à trouver la pierre qui parle.
– Elle est ici. » Déclara une voix caverneuse au-dessus d’eux.
– « Le troll de pierre, celui qui s’est sacrifié pour réparer le pont qui reliait les deux royaumes, et mettre le sortilège de protection. »
– c’est moi !  Et le dernier trésor de la grande fée est mon cœur. La pierre du sacrifice. Il y a cependant un problème. A partir du moment où vous allez prendre mon cœur jusqu’au moment où vous le remettrez en place, le sortilège du pont sera levé.
– Bon ! Je vais appeler quelques renforts. Cela va prendre un peu de temps, allons installer le bivouac. Neal-Thomas pourra nous conter comment il a pris l’épée. »
Neal-Thomas n’attendait que ça. Il raconta comment Line avait sonné à la porte, et comment il l’avait rejoint. Comment il avait retiré l’épée dans le rocher. Juliette remarqua que, dans son récit, Neal-Thomas n’avait prévenu ni son père ni sa mère qu’il partait. Heureusement que son aventure le fera revenir une ou deux minutes après son départ ! Mais cela en faisait un sacré garnement !
Pendant ce temps, plusieurs membres du clan d’Ulf arrivèrent autour du feu. Le guerrier s’adressa à ses hommes :
« Messieurs, afin de sauver le champion de la fuite, ce soir, nous devrons garder ce pont des hordes du comté de la nuit. L’ennemi sera bientôt là. Plusieurs d’entre nous ne se lèveront pas demain, mais nous honorerons leur mémoire. Et jamais nos cœurs, ni ceux de nos descendants, ne les oublieront. Prêt à mourir ce soir ? »
La trentaine d’homme hurla d’un même cri :
« Ahou, Ahou, Ahou. »

Juliette se plaça au centre du pont et souleva la dalle qui cachait le cœur du troll.  Les hommes du chevalier au furet prirent place.
« Neal-Thomas, je te confie Flaks, il pourra vous aider à retrouver la conque. »
Le jeune garçon fut honoré de la confiance du chevalier.
Line et les enfants partirent pour le grand chêne, tout du moins ce qu’il en restait.
Arrivé au grand chêne, les garçons découvrirent l’arbre mort : il restait un peu de magie, car le palais de la grande fée était toujours à l’intérieur
« C’est plus grand à l’intérieur qu’à l’extérieur », remarqua Neal-Thomas.
– Oui, comme la cabine bleue du Docteur. » Répondit Line.
– « Mais la nature à repoussé, déclara Juliette, le passage va être compliqué jusqu’au Trône. Il n’est pas loin, la lance ressent sa présence
– l’épée brille aussi, répondit Neal-Thomas, c’est lourd une conque ?
– Non, c’est une conque de fée, elle est légère et enchantée. répondit Line à son tour.
– Alors Flaks peut aller la chercher, c’est un furet, il peut se faufiler partout. »
Le jeune garçon expliqua au furet ce qu’il cherchait, et le brave animal sauta de branches en branches, et passa sous celles garnies d’épines. Au bout d’un moment, qui sembla une éternité aux jeunes enfants, Flaks ramena la petite conque dans sa gueule. Une fois que Juliette la prit dans ses mains, elle retrouva sa taille normale. Neal-Thomas caressa le furet pour le remercier.
Line emmena les aventuriers jusqu’au cercueil de Justin. Le vieux mage et Roi étaient déjà sur place. Chacun plaça le trésor des fées qu’il gardait. Juliette déposa le sceptre de l’ombre, Neal-Thomas déposa l’épée de légende, Line déposa le cœur de Pierre et Flaks déposa la conque. Le mage psalmodia et le cercueil s’ouvrit. Justin, s’éveillant, déclara :
« Encore une aventure ! Ah non ! mais j’ai mon potager de navet à m’occuper.
– Ne t’inquiète pas, nous sommes encore venu à ton secours.  Comment as-tu pu recevoir cette malédiction ?.
– Sans doute le cadeau de ce vieux.
– Encore un vieux, pesta le vieux mage.
– Bah oui ! C’est mystérieux, un vieux, c’est un chevalier de passage qui m’a dit ça.
– Il faut aller sauver les hommes d’Ulf au pont, maintenant, déclara Juliette.
– Et lui ramener Flaks ! rappela Neal-Thomas.
– J’aimerai savoir qui est assez vil pour mettre une malédiction aussi terrible dans notre royaume. Je pense que nous le croiserons à nouveau.»
Après avoir salué Justin, et lui avoir souhaité bonne chance pour son potager, le vieux mage téléporta les deux jeunes enfants et la fée au pont.
Neal-Thomas rendit le furet à son propriétaire, avec un peu de regret.
« Beaucoup d’ennemis à repousser ? demanda Line.
– Oui, nous avons eu : les épouvanteurs et de jeunes loups garou, cela fut facile. Les gargouilles et les sorcières furent plus dures à repousser. Nous avons eu l’aide de Mama Yaga, elle était dans son bon jour, mais des braves sont tombés.
– Le cœur est de retour, il ne reste plus qu’à le mettre sous la dalle, et ce sera fini. Nous pourrons nous préparer pour le voyage suivant. » Répondit le vieux mage.
– Je crois que ce sera plus compliqué ! cria Juliette, il y a des vampires en approche !
– Ce sont les pires, j’aurais préféré les trolls ! déclara Ulf.
-Ah bon ? demanda Neal-Thomas, effrayé.
– Les trolls et les ogres sont grands, mais peu intelligents. Les vampires sont intelligents et ils peuvent retourner ton armée contre toi.
– Il faut juste que nous puissions remettre le cœur, après le sortilège fera le reste.
– Ok ! » répondit Ulf. Puis il cria : «Mes braves, ce sera la dernière charge pour la liberté »
Ulf prit la tête de son groupe et fonça, épée à la main, sur les vampires qui essayaient de passer le pont. Ses hommes semblaient au bout du rouleau, épuisés et démotivés mais ils suivirent leur chef.
Juliette et Neal-Thomas se glissèrent derrière eux, à bonne distance des combats. Juliette souleva la dalle, pendant que Neal-Thomas remettait le cœur du troll. Juliette avait à peine remis la dalle, qu’une vague d’énergie balaya le pont. Tous les guerriers et les deux enfants furent projetés à terre. Les vampires qui avaient posé un pied sur le pont furent désintégrés, les autres prirent la fuite.
Les survivants crièrent à leur victoire. Le pont gardait de nouveau le comté des fins heureuses. Juliette et Neal-Thomas allaient de nouveau repartir. Juliette, inquiète, demanda au vieux mage :
« Et le pacte que j’ai passé avec C. ? Neal Thomas, je devrais le livrer ?
– ne t’inquiète pas, avec tous les prisonniers qui ont essayé de sortir de son comté, elle en a pour un moment. »
Le mage félicita les rangers et déclara :
« Justin étant parti taquiner son vieil ami et s’occuper de sa cabane, le poste de héros est libre. Ulf, l’épée de légende est tienne, désormais, ainsi que le poste de capitaine de la garde.
– Pour le poste de héros, sans soucis. Mes braves seront toujours là, avec moi, pour protéger le royaume.  Mais une épée qui brille devant le danger, très peu pour moi ! Et la garde devra se trouver un autre capitaine : je crois que l’armure sans vie sera ravie du poste.
– Je comprends ! J’informerai Roi de votre choix. Un ban pour le nouveau héros ! »
Juliette, Neal-Thomas et les rangers hurlèrent :
« Ahou, Ahou, Ahou »
Puis ce fut le temps de se dire au revoir. Les hommes partirent apporter les prisonniers à C., avant de retourner dans les forêts et les montagnes du nord. Ulf salua les deux amis et les suivit. Juliette et Neal-Thomas se réveillèrent, attendant impatiemment la prochaine aventure.

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