L’archéologue

Yann attendait, impatient, dans le couloir de l’université. Le jeune garçon était impressionné par l’endroit. Un grand hall où l’agent d’accueil lui avait demandé ses papiers et sa lettre de convocation, puis une dame, appelée Viviane, était descendue le chercher. Il avait admiré avec envie l’immense bibliothèque, qui comptait, d’après le site internet, plus d’un million d’ouvrages. Il avait vu les chercheurs compulser des dizaines de livres pour authentifier l’époque d’un bracelet ou d’une poterie. Yann venait d’avoir dix ans, il était trop jeune pour pouvoir ne fusse que devenir stagiaire ici. Ce serait à la fin de sa troisième. Il devrait attendre comme maintenant devant la porte de N.R. Miel, le célèbre archéologue.
« Yann, c’est long ! pourquoi on attend ? » 
Celui qui venait de parler, c’était Jordan le petit frère du jeune garçon. Une des conditions pour que Yann puisse venir rencontrer le professeur, c’était qu’il s’occupe de son petit frère. Yann trouvait aussi le temps long, le professeur était en retard et Viviane les avait laissés là. Le jeune garçon pestait un peu car il avait réussi à avoir, pour son anniversaire, un entretien avec l’un des plus grands archéologues, un spécialiste du crétacé (et non du jurassique mais le terme fait plus joli que crétacé parc) ; mais il avait dû se dépêcher après son entrainement de judo, prendre une douche, passer un costume et, en plus, prendre son petit frère.
Soudain la porte du bureau s’ouvrit, l’espoir s’afficha sur le visage des deux garçons mais personne n’en sorti.
- Il faut peut-être rentrer ? déclara le plus jeune des garçons. 
- Non, Jordan, cela ne se fait pas, il faut attendre que l’on nous appelle. 
- Mais moi j’en ai marre d’attendre, c’est long … 
- Moi aussi, mais tu as promis à maman de bien te tenir. Non ! moi j’y vais ! c’est pas bien de nous faire attendre !! » Jordan se leva et entra dans le bureau. Yann pesta, mais finit par le suivre.
« Ne touche à rien.
- C’est trop beau ! Regarde sur le bureau : y a une griffe de « machinraptor »
- Velociraptor. Ne touche à rien !»
Yann regardait le bureau. Il se serait cru dans celui du professeur Henry Walton Jones Junior : il y avait une coupe en bois, une reproduction de l’arche d’alliance et son propitiatoire, un mini temple et un crane de cristal. Tous ces objets, et bien d’autres, étaient classés, bien rangés, avec une étiquette devant. Un mini musée personnel en somme. Yann admira l’ordre qui régnait dans ce bureau, même s’il aurait bien aimé voir son occupant. Jordan, quant à lui, avait trouvé le grand coffret en bois et en cuir avec une explosion et plein de planète gravés sur le dessus.
« Tu crois que c’est un cadeau pour toi ? 
- Ne touche à rien, nous allons retourner dans le couloir pour retrouver Viviane.
-  On ne peut pas, on n’a pas de pass pour la porte. 
- Je ne pense pas que nous en ayons besoin pour sortir : nous demanderons aux gens dans la bibliothèque. » 
Pour accéder à ce couloir, Viviane et les enfants étaient passés par une aile poussiéreuse de la bibliothèque, un petit couloir fermé par une porte ancienne. Viviane avait pris une carte en fer à sa ceinture et l’avait insérée dans la bouche du troll qui servait de serrure. La porte s’était ouverte sur le couloir où ils avaient longuement attendu.
Pendant que Yann était à sa réflexion, Jordan avait ouvert le coffre qui contenait deux médaillons en forme de livre, l’un au nom de Big et l’autre au nom de Bang.
« Jordan ! Tu es fou ! Quand maman va savoir ça, tu vas te faire gronder. Tu lui diras pas, ce n’est pas bien de cafter. »  
Le petit frère prit l’un des médaillons, le mit à son cou et disparut.
Yann se demanda ce qui se passait et où était son frère. Alors qu’il aurait dû revenir dans le couloir et prévenir un adulte, Yann céda à la curiosité et mit le second médaillon autour de son cou. Il ferma les yeux et se retrouva dans un jardin : son frère jouait avec deux jeunes garçons roux, à la peau blanche et vêtus seulement d’un pagne. Jordan ne semblait pas du tout effrayé par l’étrangeté de ce qui venait de leur arriver. Yann devait trouver un adulte et tenter de revenir chez eux. Il se dirigea vers le groupe d’enfants :
 
« Bonjour je suis Yann, le frère de Jordan, où puis-je trouver un adulte ?
- Nous sommes adultes, nous avons plus de 18 ans tous les deux.
- Je veux dire quelqu’un qui peut nous renvoyer d’où nous venons. 
- Le professeur, il ne sera là que pour le goûter, il nous a dit que deux enfants viendraient jouer avec nous.
- Le professeur Nathanaël Roger Miel savait que nous arriverions ici ? 
- Oui. Il a demandé à la maître nageuse de venir vous chercher, je crois que vous l’appelez Viviane. 
- Il y a une piscine ici ? 
- Non, un lac, mais on se baigne dedans.
- Et quand le goûter sera donné… Il est plus de six heures, nous avons pris le goûter il y a déjà longtemps ! Avant que je ne parte au judo.
- C’est quoi le judo ? 
-Un sport de combat. Il faudra que tu nous montres, nous aimons bien nous bagarrer.
- Il faut porter un kimono.
- J’en demanderai un au professeur alors !
- Vous vous appelez comment ?
- Moi c’est Big et mon frère c’est Bang. Et pour le goûter, il sera servi quand ce sera l’heure ! mais ne t’inquiètes pas : ici, le temps ne s’écoule pas. Dès que tu as passé la porte du troll, le temps s’est arrêté.
- Je me suis endormi à force d’attendre dans ce couloir et je fais un rêve … 
- Si tu veux ! mais regarde là, tu verras le musée du professeur. il y a aussi plein de nos inventions… » Yann regarda dans la direction qu’indiquait le jeune garçon et vit la verrière du couloir où ils avaient attendu. Mais, à côté, il n’y avait pas la grande bibliothèque toute neuve mais un château !! Cela ne pouvait pas être le même endroit ! Il devait s’agir d’un rêve, il en était sûr.
« Vos inventions ?
- Oui, nous créons des animaux et d’autres créatures, des plantes aussi. Bon, des fois ça rate : comme pour les carottes ou les brocolis, mais des fois c’est délicieux. j’ai bien réussi la cerise et Bang lui a fait d’excellentes poires. C’était pour donner à manger à T-Rex. mais je l’ai loupé, il ne fait que manger les chèvres et les moutons.
-  Tu l’as bien loupé celui-ci ! tu as vu les petits bras que tu lui as fait ? déclara Bang
- Oui, bon ça va ! et toi, la baleine ? voilà un petit poisson pour l’aquarium, et du coup, le professeur a dû faire un lac plus grand juste pour elle.
- Il a dit que c’était une mer. »  
Yann se dit que ces deux enfants étaient fous. Jordan lui, jouait tranquillement avec Bang. Il construisait un château de sable. Mais c’était empiriquement impossible : Bang levait les tours avec sa main, au lieu de se servir d’un seau, et son petit frère ne remarquait pas que les personnages de sable bougeaient.
 
« Laissons-les jouer. Tu veux venir voir l’enclos ? tu verras t-Rex comme cela. Je veux bien. »  
Yann n’était pas rassuré.  Mais comme Jordan s’amusait et ne semblait ni effrayé ni en danger, il suivit le jeune garçon.
 
Il entra dans un bâtiment lumineux. Mais il se demandait d’où venait la lumière car, il le remarquait à présent, il n’avait vu ni soleil, ni lune, ni étoile dans le ciel.
 
Un long couloir rempli d’arches en cuivre menait à une plateforme : de là, les deux enfants pouvaient voir toute une vallée.
 
« Contrôle ? dis moi où est T-Rex.
- Dans le sud de la vallée, monsieur Big, souhaitez-vous que je vous mène à lui ?
- Oui, merci.
- Qui c’est ?
- C’est Contrôle. C’est une autre des dames du professeur, je ne l’ai jamais vue. Elle nous surveille quand le professeur n’est pas là, et lui rapporte chacune de nos bêtises. Pour faire plus simple, entre nous, nous l’appelons C. C’est étrange. Nous vivons comme ça depuis très longtemps… Des milliers d’année en fait ! Nous sommes contents quand le professeur nous amène de la visite, cela fait passer le temps, et nous nous occupons des autres sans-âmes.
- Les sans-âmes ? Oui. Moi et mon frère nous sommes roux, nous n’avons pas d’âme. Dans votre monde, il y a peu de roux, mais ils sont très importants, ce sont les gardiens de l’espoir et du merveilleux.
- Dans mon école, y a un roux, et les autres disent que les roux, ils puent. 
- Et toi que penses-tu ?
- Que ce n’est pas vrai. Alors tu es une bonne personne. Un créateur de votre monde a écrit une histoire : dans cette histoire, les sorcières sentent les enfants comme de la crotte de chien, car elles en ont peur. Et bien là c’est pareil, les mauvaises personnes ne peuvent pas sentir les roux car ils en ont peur. Le professeur est roux aussi… enfin… était : depuis qu’il a fêté ses 4.5 milliard d’années, il a pris les cheveux blancs. »
 Toutes ces informations laissèrent Yann perplexe.
« Tiens voilà Rex, il vient nous dire bonjour.» En effet le T-Rex se trouvait devant la verrière.
« Tu veux sortir le caresser ? Tu es fou, c’est un T-Rex ! 
- Non c’est juste T-Rex, pas un ! C’est le seul ici. Il n’est pas méchant, sauf si tu es une chèvre ou un mouton. Contrôle en a marre d’ailleurs, il va falloir que nous accélérions leur cycle de reproduction pour satisfaire tous les carnivores, surtout Rex : il en dévore plusieurs par jour » 
Big était déjà sorti dans le jardin et caressait l’animal. Yann hésita, mais comme il était dans une sorte de rêve, il se dit que la seule chose qu’il risquait s’était de se réveiller.
Il s’approcha de l’animal avec précaution et le caressa. Il le regarda dans les yeux et se dit que pour Big et Bang, Rex était semblable à un gros chien. Soudain une sonnerie retentit, le saurien prit peur et s’enfuit.
Big se dirigea vers la verrière.
 
« C’est l’heure du goûter, le professeur va arriver. Tu vas pouvoir discuter avec lui. »
 
Yann suivit avec impatience le jeune garçon, et se dit que, vu que le professeur semblait avoir accès à cet endroit, il n’avait pas besoin de faire des recherches archéologiques : il avait à disposition les deux êtres qui semblaient avoir créé l’histoire, l’univers et le temps lui-même. Yann arriva dans un petit salon où trônait une verrière. Là, Jordan et Bang attendaient déjà, accompagnés du professeur. Une dame à l’air sévère tenait un chariot avec diverses boissons, chaudes ou froides, et un panel de divers gâteaux. Après avoir été servi, Yann suivit le professeur dans la bibliothèque attenante. Là, ils s’assirent sur des fauteuils et commencèrent à goûter.
 
« Yann, je suis heureux de te voir enfin.
- Professeur, nous sommes dans un rêve.
- Non, nous sommes dans une autre époque, quelque part avant que l’univers existe. Comment c’est possible ? Grâce au merveilleux. Si le merveilleux n’existait pas, comment feraient les histoires pour recommencer à chaque fois du début ?
- Je ne comprends pas : vous existez à notre époque ! et les jumeaux ? 
-Ne leur dis rien, je sais ce qui va se passer ensuite, et toi aussi. Mais eux ne le savent pas.
- Qui est Contrôle ?
- C’est la jeune femme qui sert les pâtisseries. Par la suite, les jumeaux deviendront les gardiens du monde merveilleux. Enfin, les premiers.  Ils seront aidés dans cette tâche par les fées, et surtout la grande fée, une de mes créations personnelles. Mais j’ai créé aussi Contrôle, qui deviendra la fée de la raison. Elle servira à éviter que les jumeaux ne se battent trop souvent, et mettent le monde merveilleux à feu et à sang.
- Que vont-ils faire ? 
- Se battre encore une fois ! mais se sera une fois de trop : ils vont détruire cet endroit. Mais la nature se souviendra de toutes leurs créations, et les mettra sur une seule planète : la Terre. Le reste des débris de ce monde créera l’univers.
- C’est incroyable ! 
-Je sais. Mais tu vois, même si tu deviens archéologue plus tard, il faut garder le merveilleux et surtout ne pas le perdre. Demain, je viendrai te chercher. Nous resterons dans ton monde et nous irons voir un chantier de fouilles. Ta mère est prévenue et Viviane gardera les jumeaux, que je fais passer pour mes fils, et ton frère. Tu participeras à un vrai chantier de fouilles.
- C’est vrai ? 
-Oui, bien sûr. Mais pour aujourd’hui, je voulais te présenter cet endroit, que tu comprennes que le merveilleux est important, tout aussi important que la science. »  
Une fois le goûter terminé, les deux enfants saluèrent C, la future fée, et les jumeaux. Le professeur leur demanda de rendre leur collier, et, une fois ces derniers enlevés, les deux enfants se retrouvèrent avec Viviane devant la porte du Troll.
 
« Je vais vous raccompagner. Et surtout, dormez bien ce soir, sinon C ne sera pas contente, et demain, vous ne pourrez pas aller jouer avec les jumeaux ou participer au chantier de fouilles. 
- Dites-moi, Viviane, comment je dois appeler le professeur : Monsieur ou Nathanaël ?
​- Moi, je l’appelle par son vrai nom ! Et puis, Emrys, ça lui va si bien. »

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